Un geste anodin répété chaque soir depuis des années peut cacher un petit mensonge financier. Lancer sa machine à laver juste avant 23 heures, en pensant profiter des heures creuses, c’était une habitude bien ancrée. Jusqu’au jour où une facture d’électricité, lue avec un peu plus d’attention que d’habitude, a tout remis en question. Ce détail, souvent ignoré, change pourtant la donne pour des millions de foyers français.
- La réforme Enedis déplace les heures creuses, avec au moins 5 heures consécutives la nuit entre 23h et 7h et jusqu'à 3 heures en journée entre 11h et 17h
- Sur 14,5 millions de foyers abonnés aux offres heures pleines-heures creuses, 11 millions verront leurs horaires évoluer entre novembre 2025 et le second semestre 2027
- Le fournisseur doit informer chaque client au moins un mois avant le changement, et les nouveaux créneaux sont visibles sur la facture et l'espace client en ligne
Pendant dix ans, 22 h 30 était le réflexe pour lancer la machine
Le rituel était bien rodé. Vaisselle faite, linge trié, la machine se lançait toujours au même moment, juste avant 23 heures. Une habitude transmise, reprise, jamais remise en question. Logique, au fond : les heures creuses commençaient à cet horaire-là, alors autant en profiter dès la première minute. Le bouton différé était même parfois programmé à l’avance, histoire de ne pas y penser au moment du coucher. Un petit réflexe du quotidien, presque automatique, comme regarder la météo avant de sortir. Sauf que ce réflexe, aussi ancré soit-il, reposait sur une base qui a fini par bouger sans crier gare.
Ce que la facture d’électricité a révélé
C’est en épluchant le détail de la facture, tout en bas, dans les lignes qu’on survole généralement sans s’y attarder, qu’un détail a sauté aux yeux. Les horaires des heures creuses n’étaient plus ceux affichés depuis des années. Fini le départ à 23 heures pile. Le nouveau créneau commençait désormais plus tard, parfois à minuit. Un décalage qui change tout : la machine lancée à 22 h 30, pensée comme une bonne élève tarifaire, consommait en réalité une bonne partie de son cycle en heures pleines. Le tarif réduit, censé s’appliquer dès le lancement, ne concernait finalement que la deuxième moitié du programme. Un petit oubli de lecture qui, répété pendant des années, finit par peser sur le montant final.
La réforme d’Enedis qui redessine les heures creuses
Derrière ce changement d’horaire se cache une réforme pilotée par la Commission de régulation de l’énergie et mise en œuvre par Enedis. L’objectif : pousser la consommation vers les créneaux où l’électricité est la plus abondante, notamment l’après-midi, grâce à la production solaire qui gagne du terrain. Sur les 14,5 millions de foyers abonnés à une offre heures pleines-heures creuses classique, 11 millions doivent voir leurs horaires évoluer ; 3,5 millions avaient déjà des plages compatibles avec les nouvelles règles. Le déploiement se fait par étapes : une première phase, de novembre 2025 à juin 2026, concerne 1,7 million de clients ayant déjà des heures creuses réparties entre journée et nuit. Une seconde phase, de décembre 2026 à octobre 2027, touchera 9,3 millions de foyers supplémentaires, avec des horaires qui varieront désormais selon la saison. Les professionnels seront les derniers servis, au second semestre 2027. Dans tous les cas, le volume total reste identique : 8 heures creuses et 16 heures pleines par jour. Mais la règle a changé : au moins 5 heures creuses consécutives la nuit, situées entre 23 heures et 7 heures, et jusqu’à 3 heures en journée, entre 11 heures et 17 heures. Les anciens créneaux entre 7 heures et 11 heures, ou entre 17 heures et 23 heures, disparaissent progressivement. Résultat concret : une machine lancée à 22 h 30, si les nouvelles heures creuses démarrent à minuit, paiera en tarif plein toute la consommation effectuée avant minuit, et seulement le reste au tarif réduit. Le montant exact de la perte dépend des kWh réellement consommés avant le basculement et de l’écart tarifaire propre à chaque contrat ; il n’existe donc pas de chiffre universel, mais l’effet est bien réel pour qui n’a pas ajusté ses habitudes.
Pour s’y retrouver plus facilement, voici un tableau récapitulatif des grandes étapes de cette réforme.
| Période | Foyers concernés | Particularité |
|---|---|---|
| Novembre 2025 à juin 2026 | 1,7 million de clients | Horaires identiques été et hiver |
| Décembre 2026 à octobre 2027 | 9,3 millions de clients | Horaires différents selon la saison |
| Second semestre 2027 | Clients professionnels | Dernière phase du déploiement |
Le fournisseur d’électricité a l’obligation de prévenir chaque client au moins un mois avant que le changement ne prenne effet, par courrier ou par courriel. Les nouveaux créneaux horaires figurent également sur la facture et dans l’espace client en ligne, à condition de prendre le temps de les consulter. C’est Enedis qui fixe les horaires, le fournisseur se contentant d’informer et d’appliquer les tarifs prévus au contrat. Pour que ce changement ne coûte rien de plus, il suffit d’ajuster la programmation du lave-linge, du lave-vaisselle, ou encore de la recharge du véhicule électrique, en fonction des nouveaux créneaux indiqués. Un chauffe-eau piloté directement par le compteur s’adapte généralement tout seul, mais une horloge indépendante nécessite un petit réglage manuel. Les abonnés à l’option Tempo ou à d’autres offres spécifiques ne sont pas concernés par cette réforme, puisqu’ils disposent déjà de leurs propres plages tarifaires.
Un simple coup d’œil à la facture, et à l’espace client, suffit désormais à éviter la mauvaise surprise. Le réflexe du soir mérite d’être ajusté : vérifier l’heure exacte de départ des heures creuses, avant de relancer la machine comme si de rien n’était. Un petit ajustement, pour continuer à faire tourner le linge au bon tarif.

