Sur le papier, la prime d’activité reste l’un des piliers du pouvoir d’achat pour des millions de travailleurs aux revenus modestes. Mais un ajustement technique, glissé dans les discussions budgétaires, pourrait rebattre les cartes sans que personne n’en fasse une annonce tonitruante. Derrière ce changement de méthode de calcul se cache une réalité bien plus concrète : des foyers qui pourraient voir leur prime fondre, sans prévenir. Décryptage d’une mesure qui mérite toute l’attention des bénéficiaires.
- Le budget 2027 prévoit d'intégrer les contributions patronales (comme la mutuelle d'entreprise) dans le calcul des ressources pour la prime d'activité.
- Cette hausse artificielle des revenus pris en compte réduira le montant de la prime sans que le salaire net du bénéficiaire n'augmente.
- Les salariés dont la mutuelle est financée par l'employeur, les temps partiels et les foyers proches des seuils de ressources seront les plus touchés.
Un changement discret dans le calcul de la prime d’activité
Le projet de budget pour 2027 contient une disposition qui risque de passer sous les radars de nombreux Français, et pourtant. Il est prévu de modifier le calcul de la prime d’activité en intégrant les sommes versées par l’employeur pour financer certains avantages du salarié, à commencer par la mutuelle d’entreprise. Concrètement, ces contributions patronales, qui n’entraient jusqu’ici pas dans l’équation, viendraient gonfler artificiellement les revenus pris en compte pour déterminer le montant de la prime. Une bascule technique en apparence, mais aux conséquences bien réelles pour le portefeuille de celles et ceux qui en bénéficient déjà. Rien n’est encore gravé dans le marbre, le texte devant encore suivre son parcours parlementaire, mais la direction est posée, et elle inquiète déjà certains observateurs du pouvoir d’achat.
Pourquoi l’intégration des avantages employeur va réduire le montant versé
La mécanique de la prime d’activité repose sur un calcul combinant un montant forfaitaire, 61 % des revenus professionnels et des bonifications, diminué des ressources du foyer, jusqu’à disparaître totalement au-delà d’un certain niveau de ressources. En ajoutant la participation employeur à la mutuelle dans le calcul des ressources, l’administration gonfle mécaniquement les revenus déclarés, sans que le salarié touche un centime de plus dans son porte-monnaie. Résultat : pour un même salaire net perçu chaque mois, la prime calculée sera plus faible, puisque les revenus pris en compte seront jugés plus élevés qu’auparavant. C’est tout le paradoxe de cette réforme : elle ne change rien aux fiches de paie, mais elle change tout dans la formule qui détermine l’aide. Une sorte d’effet d’optique budgétaire qui, sur le terrain, se traduit par des euros en moins chaque mois pour les bénéficiaires.
Qui sera concerné par cette réforme prévue pour 2027
Tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne face à ce futur mode de calcul. Les plus exposés seront ceux dont l’employeur prend en charge une part conséquente de la mutuelle d’entreprise, un avantage fréquent dans de nombreux secteurs, de la restauration aux services en passant par l’industrie. Plus la contribution patronale est élevée, plus l’impact sur la prime d’activité risque d’être sensible. À l’inverse, les salariés dont la complémentaire santé n’est pas financée par leur employeur, ou ceux qui n’en bénéficient pas du tout, devraient voir leur situation inchangée. Les travailleurs à temps partiel et les foyers aux revenus proches des seuils de sortie du dispositif figurent également parmi les profils à surveiller de près, puisqu’une légère hausse des ressources prises en compte pourrait suffire à les faire basculer sous le radar de l’aide, ou à réduire drastiquement ce qu’ils perçoivent.
Reste à voir comment ce projet évoluera au fil des débats budgétaires, tant la prime d’activité constitue un sujet sensible pour des millions de ménages déjà sous tension. Une chose est sûre, mieux vaut garder un œil attentif sur l’actualité de ce dossier dans les mois qui viennent, histoire de ne pas découvrir la mauvaise surprise sur un relevé bancaire plutôt que dans la presse.

