Quel est le point commun entre le Kevlar, le premier algorithme et le Monopoly ? On doit toutes ces inventions à des femmes qui ne se sont pas laissées abattre par les difficultés. On imagine en effet généralement les grandes innovations sortir de la tête des hommes. Pourtant, l’histoire des sciences et techniques regorge de contre exemples aussi brillants qu’inspirants ! Voici une (très) petite sélection d’inventions que l’on doit à des femmes, et l’humanité les en remercie.
1/ Le premier algorithme — Ada Lovelace
Qui a dit que l’informatique était une science pour les hommes ? Si des individus continuent à penser cela, c’est sûrement parce qu’ils ignorent qui est Ada Lovelace. Férue de mathématiques, cette Anglaise est une pionnière des langages de programmation (le langage Ada est d’ailleurs nommé en son honneur). Elle travaille dans la première moitié du 19e siècle sur la machine analytique de Charles Babbage, qui est quant à lui un des pères des ordinateurs.
Ada Lovelace crée le premier algorithme qui rend possible le calcul des nombres de Bernoulli (une suite de nombres rationnels) avec l’invention de Babbage. Elle va même plus loin en imaginant des machines capables de reproduire de la musique ou de résoudre des équations algébriques complexes. Ces inventions ne manqueront d’ailleurs pas d’arriver plus tard avec des apports capitaux d’autres femmes dans le monde.
2/ L’opération de la cataracte par sonde laser — Patricia Bath
Patricia Bath est une chirurgienne-ophtalmologiste brillante qui a autant œuvré dans le domaine de la médecine que dans l’humanitaire. Se rendant compte que les Afro-Américains étaient plus touchés par la cécité que les blancs, elle conclut que la principale raison de ce constat est une carence de soin. Patricia Bath développe alors un programme d’ophtalmologie communautaire à destination de cette population visant à dépister les problèmes de vue, dont la cataracte et le glaucome.
Toutefois, son apport le plus spectaculaire est l’invention de l’opération de la cataracte par sonde laser. En 1986, Patricia Bath devient par la même occasion la première femme afro-américaine à déposer un brevet dans le domaine médical. La technique est à présent utilisée dans le monde entier et a permis à de nombreuses personnes de retrouver la vue.
3/ L’étalement de spectre par saut de fréquence — Hedy Lamarr
Avec son ami, le compositeur américain George Antheil, Hedy Lamarr a mis au point l’étalement de spectre par saut de fréquence pendant la Seconde Guerre mondiale. La technologie aurait permis de rendre les torpilles des Alliés indétectables par l’ennemi… si elle avait été utilisée. Hedy Lamarr a en effet donné les clés de son invention à l’armée américaine. À l’époque toutefois, les états majors de l’Oncle Sam refusaient toutes les innovations venant des civils.
Sa technologie a quand même été déployée plus tard par la Marine, notamment lors de la crise des missiles à Cuba en 1962. Mais ce n’est pas tout, car l’étalement de spectre par saut de fréquence est une innovation indispensable pour le fonctionnement du Bluetooth, du GPS ou des anciennes versions du Wi-Fi. En plus d’être une inventrice de génie, Hedy Lamarr était aussi une actrice très populaire à Hollywood, désignée comme « la plus belle femme du cinéma ».
4/ La reine du solaire — Maria Telkes
Difficile de ne retenir qu’une seule invention de Maria Telkes tant son apport a été prolifique dans le domaine de l’énergie solaire. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine fait appel à ses services pour concevoir une machine à taille réduite capable d’enlever le sel de l’eau de mer et de la rendre ainsi potable, ce qu’elle réussit en 1942. Marchant à l’énergie solaire, sa création a aidé de nombreux marins en situation de détresse.
On doit également à Maria Telkes la première utilisation du soleil pour le chauffage et la climatisation domestiques. Après des premiers essais concluants, la maison équipée par son système arrête toutefois l’expérimentation à cause de mauvais rendements et de fuites de liquide notamment. Ne se laissant pas démonter par cet échec relatif, Maria Telkes invente plus tard le premier modèle de four alimenté par l’énergie solaire. Cette technologie reste encore aujourd’hui utilisée partout dans le monde.
5/ Le Kevlar — Stephanie Kwolek
En 1964, l’entreprise américaine DuPont cherche un moyen de remplacer le fer contenu dans les pneus des voitures pour les rendre moins gourmandes en essence. Aucun chimiste de l’entreprise n’est alors intéressé par le projet qui revient donc à Stephanie Kwolek. Elle se lance alors dans des expérimentations qui débouchent sur la naissance du Kevlar.
L’invention de la matière est loin d’être anodine. Le Kevlar est en effet bien plus léger que l’acier tout en étant cinq fois plus résistant. Stephanie Kwolek a donc bouclé le projet avec un certain panache. Sa trouvaille substitue effectivement à merveille le fer dans les pneus des automobiles. Mais ce n’est pas tout, puisque la matière est notamment utilisée pour remplacer l’amiante, renforcer la coque des bateaux ou encore dans les gilets pare-balles.
6/ Le jeu dont le Monopoly est une copie — Elizabeth Magie
Pour finir sur une note plus ludique, saviez-vous qu’on doit le Monopoly à une femme ? Elizabeth Magie est une Américaine qui a vécu au début du XXe siècle. En raison de son éducation notamment, elle s’est opposée aux grands propriétaires fonciers. C’est d’ailleurs pour dénoncer leur main mise sur l’habitat qu’elle a conçu The Landlord’s Game. Sa création, dont elle a déposé le brevet en 1904, ressemblait à s’y méprendre au futur Monopoly. Elizabeth Magie a voulu rendre son jeu ludique pour que les gens comprennent les effets délétères de la location immobilière.
Comment est-on arrivé au Monopoly, symbole triomphant du capitalisme et de la propriété privée ? Au chômage depuis la crise de 1929, l’ingénieur américain Charles Darrow a copié le jeu de Elizabeth Magie, en se gardant bien entendu de la citer. En 1935, il a réussi à faire éditer son Monopoly par la société américaine Parker Brothers. Le succès a été fulgurant, éclipsant totalement Elizabeth Magie et The Landlord’s Game. Cette logique d’appropriation masculine s’est malheureusement souvent répétée dans l’histoire des inventions faites par des femmes hors du commun.
